Ballade XLI

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Espoir m’a apporté nouvelle Qui trop me doit reconforter, Il dit que Fortune, la felle, À vouloir de soi raviser Et toutes faultes amender Qu’a faites contre mon plaisir, En faisant sa roe tourner. Dieu doint qu’ainsi puist avenir ! Quoi que m’ait fait guerre mortelle, Je suis content de l’esprouver, Et le desbat qu’ai et querelle Vers elle je veuil delaisser Et tout courroux lui pardonner ; Car d’elle me puis bien servir, Se loyaument veut s’acquicter. Dieu doint qu’ainsi puist avenir ! Se la povoye trouver telle Qu’elle me voulsist tant aidier Qu’en mes bras je peusse la belle, Une fois, à mon gré trouver, Plus ne vouldroye demander, Car lors j’auroye mon désir Et tout quanque dois souhaidier. Dieu doint qu’ainsi puist avenir ! Amour, s’il vous plaît commander À Fortune de me chierir, Je pense joie recouvrer ; Dieu doint qu’ainsi puist avenir!