Premiers aéroplanes

Émile Verhaeren

Les Ailes rouges de la guerre — 1916

Les roses de l’été — couleur, parfum et miel — Peuplent l’air diaphane ; Mais la guerre parsème effrayamment le ciel De grands aéroplanes. Ils s’envolent si haut qu’on ne les entend pas Vrombir dans la lumière Et que l’ombre qu’ils allongent de haut en bas S’arrête avant la terre. L’aile courbe et rigide et le châssis tendu, Ils vont, passent et rôdent, Et promènent partout le danger suspendu De leur brusque maraude. Ceux des villes les regardant virer et fuir Ne distinguent pas même Sur leur avant d’acier ou sur leur flanc de cuir Leur marque ou leur emblème. On crie, — et nul ne sait quelle âme habite en eux, Ni vers quel but de guerre Leur vol tout à la fois sinistre et lumineux Dirige son mystère. Ils s’éloignent soudain dans la pleine clarté, Dieu sait par quelle voie, En emportant l’affre et la peur de la cité Pour butin et pour proie.