L’Horoscope

Maurice Rollinat

Les Névroses — 1883

Par un soleil mourant dans d’horribles syncopes, Mes spleens malsains Évoquaient sur mon cas les divers horoscopes Des médecins. Partout la solitude inquiétante, hostile, Où chaque trou Avait un mauvais cri d’insecte, de reptile Et de hibou. J’étais dans un chemin désert, tenant du gouffre Et du cachot, Où l’orage imminent soufflait un vent de soufre Épais et chaud, Dans un chemin bordé de gigantesques haies Qui faisaient peur, Et de rocs mutilés qui se montraient leurs plaies Avec stupeur. Et j’allais, consterné, songeant : « Mon mal empire ! » Tâtant mon pouls, Et rongé par l’effroi, par cet effroi vampire Comme des poux ; Quand soudain, se dressant dans la brume uniforme Devant mes pas, Un long Monsieur coiffé d’un chapeau haut de forme Me dit tout bas Ces mots qui s’accordaient avec la perfidie De son abord : — « Prenez garde : car vous avez la maladie Dont je suis mort. »