VISION

Léocadie Hersent-Penquer

f C'était le soir. J'errais seule dans la vallée ; î fe marchais sans savoir où je portais mes pas. rayais le cœur ému; j'avais l'âme troublée : IUn rossignol chantait. Je ne l'écoutais pas ! T iLa nuit tombait au loin sur la cime des chênes Et drapait son manteau sur les murs du manoir. ?Déjà les peupliers avaient l'air.; dans les plaines, i D'un peuple de géants tout habillé de noir. ;;Les fossés exhaussés de ma triste Bretagne) (Couverts de landes d'or,. d'ifs et de noisetiers, IJetaient déjà plus d'ombre au sein de la campagne) jEt l'on n'y voyait plus déjà dans les sentiers. (rout à coup je ne sais quel étrange malaise, ) S'empara de mes sens, m'invitant au repos. Je m'assis, épuisée, au pied d'un vieux mélèze, Et l'ange du sommeil me versa ses pavots. Je vis alors venir vers moi, dans la nuit sombre, Deux beaux enfants portés sur les ailes du jour. Leurs regards radieux éclairaient tout dans l'ombre - « Nous sommes, disaient-ils, la Jeunesse et l'Amour! « Nous sommes tous les deux enfants de même mère ; « Frère et sœur nous marchons dans le même chemin : —« Moi, j'ai toujours au front une fleur éphémère !— « Et moi toujours un fruit dans le creux de ma main!.. a Ils fuirent. -Je restai seule dans les ténèbres; Pour les suivre j'allais tenter un vain effort, Lorsque je vis venir deux fantômes funèbres : — « Nous sommes, disaient-ils, la Vieillesse et la Mort ! « Nous sommes toutes deux de la même famille, « Hélas ! nous sommes sœurs et suivons pas à pas, « Dans nos obscurs sentiers où nul astre ne brille, « Ces orgueilleux enfants qui ne nous craignent pas ! » Saint-Iarc, juin 18.