À Iris. (Iris, quelle erreur est la vôtre)

Antoinette Des Houlières

Poésies de Madame Deshoulières — 1688

Iris, quelle erreur est la vôtre ! Quoi ! toujours votre cœur se consume en soupirs, Dans le temps que l’ingrat qui bornait vos désirs, À vos yeux, dans les bras d’une autre, Se livre sans remords à de nouveaux plaisirs ! Vengez-vous, et vengez vos charmes Par un mépris digne de vous : Il est honteux de répandre des larmes Quand ce que nous perdons est indigne de nous. Ce n’est qu’à des âmes communes Qu’il appartient de languir dans les fers ; Mais vous, pour qui des dieux les trésors sont ouverts, Ne voulez-vous que par vos infortunes Rendre votre beau nom célèbre à l’univers ? Assez d’illustres malheureuses Chez l’immortelle antiquité, Par leurs plaintes infructueuses Ont fait passer leur nom à la postérité. Croyez-vous, plus heureuse qu’elles, Rallumer le beau feu qu’un ingrat a trahi ? Qui passe sans raison à des amours nouvelles Foule aux pieds les devoirs des cœurs tendres, fidèles, Et ne rougit jamais de s’en être affranchi. Profitez du destin de ces infortunées ; Rendez à votre cœur son innocente paix ; Pour exemple les dieux ne vous les ont données Que pour couronner leurs bienfaits. Gardez-vous, en suivant cet avis salutaire, D’être pour l’avenir un exemple nouveau. Condamnez, belle Iris, l’amour-propre à se taire ; Et, consolée enfin d’avoir cessé de plaire, Jouissez en secret d’un triomphe si beau.