L’Anniversaire

Henri de Régnier

1914-1916 — 1918

« Sous la balle qui ricoche Et sous l’obus meurtrier, J’ai cueilli, au nez du Boche, Cette branche de laurier ; « Près d’une tranchée, en Flandre, J’ai ramassé dans le sang Ce jonc dont le vert si tendre Fait un lien résistant ; « C’est sur le bord d’une route Boueuse, au pays d’Artois, Non loin d’un poste d’écoute, Que j’ai pris entre mes doigts « Cette fleur, qui n’est pas rare, Mais qui, pourtant, fait si bien Près de celle-là que pare Un reflet aérien ; « Cette autre a fleuri dans l’Oise, Et celle-ci, que voilà, Est une fleur champenoise Des champs que le Hun foula « Auprès d’elle, vois encore Cette autre, d’un ton si frais, Que l’Argonne fit éclore Dans l’air pur de ses forêts ; « Sœurs de Lorraine et d’Alsace, Ces deux-là n’ont qu’un seul cœur, Ma main qui les entrelace Les caresse avec douceur. « De toutes ces fleurs, ô France, J’ai composé un bouquet Que parfume l’espérance, Fier, héroïque, et coquet ; « Pardon, si ma main le serre Un peu trop, mais que veux-tu, C’est le grand anniversaire Où tous les cœurs ont battu ! « Et ce bouquet de victoire, Poussé de ton sol sanglant, Ce bouquet aux fleurs de gloire, Ce bouquet bleu, rouge et blanc, « C’est la gerbe de revanche Que tes fils mobilisés T’offrent dans l’affiche blanche Où deux drapeaux sont croisés ! »