Jardin nocturne

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Nocturne jardin tout empli de silence, voici que la lune ouverte se balance en des voiles d’or fluides et légers ; elle semble proche et cependant lointaine… Son visage rit au cœur de la fontaine et l’ombre pâlit sous les noirs orangers. Nul bruit, si ce n’est le faible bruit de l’onde fuyant goutte à goutte au bord des vasques rondes, ou le bleu frisson d’une brise d’été, furtive parmi des palmes invisibles… Je sais, ô jardin, vos caresses sensibles et votre languide et chaude volupté ! Je sais votre paix délectable et morose, vos parfums d’iris, de jasmins et de roses, vos charmes troublés de désir et d’ennui… ô jardin muet ! — L’eau des vasques s’égoutte avec un bruit faible et magique… J’écoute ce baiser qui chante aux lèvres de la Nuit.