Les Cheveux champêtres

Maurice Rollinat

Les Névroses — 1883

En plein air, sans une épingle, Ils aiment à paresser, Et la brise qui les cingle A l’air de les caresser, Ils vont sous les branches torses Des vieux chênes roux et bruns, Et la feuille et les écorces Les grisent de leurs parfums. Dans la campagne déserte, Au fond des grands prés muets, Ils dorment dans l’herbe verte Et se coiffent de bluets ; Le soleil les importune, Mais ils aiment loin du bruit Le glacis du clair de lune Et les frissons de la nuit. Comme les rameaux des saules Se penchant sur les marais, Ils flottent sur ses épaules, À la fois tristes et frais. Quand, plus frisés que la mousse, Ils se sont éparpillés, On dirait de l’or qui mousse, Autour des blancs oreillers.