À Cassandre

Pierre de Ronsard

Poésies diverses — 1587

Ô pucelle plus tendre Qu'un beau bouton vermeil Que le rosier engendre Au lever du soleil, D'une part verdissant De l'autre rougissant ! Plus fort que le lierre Qui se grippe à l'entour Du chêne aimé, qu'il serre Enlacé de maint tour, Courbant ses bras épars Sus lui de toutes parts, Serrés mon col, maîtresse, De vos deux bras pliés ; D'un nœud qui tienne et presse Doucement me liez ; Un baiser mutuel Nous soit perpétuel. Ni le temps, ni l'envie D'autre amour désirer, Ne pourra point ma vie De vos lèvres tirer ; Ainsi serrés demourrons, Et baisant nous mourrons. En même an et mène heure, Et en même saison, Irons voir la demeure De la pâle maison, Et les champs ordonnés Aux amants fortunés. Amour par les fleurettes Du printemps éternel Verra nos amourettes Sous le bois maternel ; Là nous saurons combien Les amants ont de bien. Le long des belles plaines Et parmi les prés vers Les rives sonnent pleines De maints accords divers ; L'un joue, et l'autre au son Danse d'une chanson. Là le beau ciel découvre Toujours un front bénin, Sur les fleurs la couleuvre Ne vomit son venin, Et toujours les oiseaux Chantent sur les rameaux ; Toujours les vents y sonnent Je ne sais quoi de doux, Et les lauriers y donnent Toujours ombrages mous ; Toujours les belles fleurs Y gardent leurs couleurs. Parmi le grand espace De ce verger heureux, Nous aurons tous deux place Entre les amoureux, Et comme eux sans souci Nous aimerons aussi. Nulle amie ancienne Ne se dépitera, Quand de la place sienne Pour nous deux s'ôtera, Non celles dont les yeux Prirent le cœur des dieux.