Floréal . III: ΨΥΧΗ

Victor Hugo

Les Chansons des rues et des bois — 1865

Psyché dans ma chambre est entrée, Et j’ai dit à ce papillon : « — Nomme-moi la chose sacrée. Est-ce l’ombre ? est-ce le rayon ? « Est-ce la musique des lyres ? Est-ce le parfum de la fleur ? Quel est entre tous les délires Celui qui fait l’homme meilleur ? « Quel est l’encens ? quelle est la flamme ? Et l’organe de l’avatar, Et pour les souffrants le dictame, Et pour les heureux le nectar ? « Enseigne-moi ce qui fait vivre, Ce qui fait que l’œil brille et voit ! Enseigne-moi l’endroit du livre Où Dieu pensif pose son doigt. « Qu’est-ce qu’en sortant de l’Érèbe Dante a trouvé de plus complet ? Quel est le mot des sphinx de Thèbe Et des ramiers du Paraclet ? « Quelle est la chose, humble et superbe, Faite de matière et d’éther, Où Dieu met le plus de son verbe Et l’homme le plus de sa chair ? « Quel est le pont que l’esprit montre, La route de la fange au ciel, Où Vénus Astarté rencontre À mi-chemin Ithuriel ? « Quelle est la clef splendide et sombre, Comme aux élus chère aux maudits, Avec laquelle on ferme l’ombre Et l’on ouvre le paradis ? « Qu’est-ce qu’Orphée et Zoroastre, Et Christ que Jean vint suppléer, En mêlant la rose avec l’astre, Auraient voulu pouvoir créer ? « Puisque tu viens d’en haut, déesse, Ange, peut-être le sais-tu ? Ô Psyché ! quelle est la sagesse ? Ô Psyché ! quelle est la vertu ? « Qu’est-ce que, pour l’homme et la terre, L’infini sombre a fait de mieux ? Quel est le chef-d’œuvre du père ? Quel est le grand éclair des cieux ? » Posant sur mon front, sous la nue, Ses ailes qu’on ne peut briser, Entre lesquelles elle est nue, Psyché m’a dit : C’est le baiser.