Belle leçon de Villon aux enfans perduz

François Villon

Le Testament

Beaux enfans, vous perdez la plus Belle rose de vo chapeau, Mes clers apprenans comme glu ; Se vous allez à Montpippeau Ou à Ruel, gardez la peau : Car, pour s’esbatre en ces deux lieux, Cuydant que vaulsist le rappeau, La perdit Colin de Cayeulx. Ce n’est pas ung jeu de trois mailles, Où va corps, et peut-estre l’ame : S’on perd, rien n’y sont repentailles, Qu’on ne meure à honte et diffame ; Et qui gaigne, n’a pas à femme Dido la royne de Cartage. L’homme est donc bien fol et infame, Qui, pour si peu, couche tel gage. Qu’ung chascun encore m’escoute : On dit, et il est verité, Que charretée se boyt toute, Au feu l’yver, au bois l’esté. S’argent avez, il n’est enté ; Mais le despendez tost et viste. Qui en voyez-vous herité ? Jamais mal acquest ne proffite.