À la Dérive !

Amélie Gex

Poésies — 1879

J’ai vu s’enfuir ma riante jeunesse Comme un parfum s’envole d’une fleur !… Rien envers moi n’a tenu sa promesse ! J’ai tant de fois savouré ma tristesse, Que je n’ai plus un autre amour au cœur !… J’ai vu tomber ma couronne de fête ; J’ai vu mon ciel pour toujours s’assombrir ; Sous l’ouragan, j’ai tant courbé la tête, J’ai tant lutté contre l’âpre tempête, Que je voudrais ne plus me souvenir ! Comme un débris qu’un vent d’orage emporte, Vers l’inconnu, je vais sans me lasser ; Joie ou douleur, désormais, que m’importe !… J’ai tant pleuré mon espérance morte, Que je n’ai plus une larme à verser !…