Je te crains, Amour…

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Je te crains, Amour qui viens à l’improviste comme un voleur, avec cette âme folle, ardente et triste, et ce grand espoir égoïste ! Je te crains, Amour, et j’aime ma peur… Car de toi peut-elle encore se défendre ta faible proie aux rires tendres ? Ton seul regard est sur elle penché, tu n’as point rompu le silence, et cette seule muette vigilance a déjà le visage trouble du péché ! Amour, Amour qui nous ravages nous laissant tels qu’un jardin desséché, tes yeux sont beaux, tes yeux sauvages… Mais, flux et reflux, ce regard séduit, ce regard irrite ma quiétude mise en fuite, car puisque je crains, puisque j’hésite, n’est-ce que déjà je ne m’appartiens plus ?…