L’Espionne

Guillaume Apollinaire

Calligrammes — 1918

Pâle espionne de l’Amour Ma mémoire à peine fidèle N’eut pour observer cette belle Forteresse qu’une heure un jour Tu te déguises À ta guise Mémoire espionne du cœur Tu ne retrouves plus l’exquise Ruse et le cœur seul est vainqueur Mais la vois-tu cette mémoire Les yeux bandés prête à mourir Elle affirme qu’on peut l’en croire Mon cœur vaincra sans coup férir