LE RAYON DES ENFANTS

Léocadie Hersent-Penquer

Dors, mon enfant, bel enfant que j'envie! Vois dans ton rêve un rayon s'allumer : C'est ce rayon qui doit charmer ta vie Assez longtemps pour te la faire aimer ! Ce rayon brille à travers le nuage Dont ton ciel pur va bientôt se charger; Il suit partout les anges de ton âge * Pour les conduire et pour les protéger. Il court, il vole, il petille, il folàtre, Gai, comme toi, pour s'unir à tes jeux ; Pour réchauffer tes petits pieds d'albâtre, Il les caresse et resplendit sur eux. - 170 « Pour colorer ta joue il devient flamme Et s'alimente à ce foyer d'amour, Où chaque sens s'anime et prend une âme, Où le regard s'allume dans le jour. Espoir, désir, rêve, douce chimère, Tout va jaillir en jets étincelants, De ce rayon qui descend sur la terre, Pour éclairer le chemin des enfants. Il laissera des traces lumineuses Sur ton front blanc, des lueurs dans tes yeux, Des ondes d'or sur tes tresses soyeuses, Et dans ton cœur des reflets radieux. Dans ton sommèilj je le vois qui dépose, Pour t'enivrer, ou bien pour t'embellir, Un frais carmin sur ta bouche de rose : Fleur ou parfum que l'amour doit cueillir ! Ce doux rayon a vingt ans d'existence; Pendant vingt ans, mon bel ange, il luira Pour te guider comme une providence Vers l'avenir. puis il disparaîtra ! Les fleurs des prés te sembleront moins belles, Les fruits moins bons, les oiseaux moins joyeux ; Les chants d'amour des blondes tourterelles Moins doux alors, et moins harmonieux. Car, à vingt ans, une autre ère commence : Plus de rayon, mais lumière et grand jour ! On sait déjà que l'âge qui s'avance A moins de joie et surtout moins d'amour. On sait déjà que les plus chastes rêves, Comme dés lis arrachés aux talus, S'en vont rouler avec l'algue des grèves, De flots en flots et du flux au reflux. On sait déjà que la plus douce ivresse S'endort bientôt au milieu des plaisirs, Que cette fleur qu'un papillon caresse Va s'effeuiller au souffle des zéphyrs. On sait déjà que la vie est amère ; Comment l'ivraie a poussé sous nos pas, Pourquoi la voix qui dit tout haut : Espère ! Se trompe, et ment, et soupire tout bas. On sait déjà que le soleil lui-même Peut se voiler au milieu d'un beau jour. On sait déjà que le cœur qui nous aime Peut oublier, et peut changer d'amour. Dors, mon enfant, bel enfant que j'envie ! Vois dans ton rêve un rayon s'allumer. C'est ce rayon qui doit charmer ta vie Assez longtemps pour te la faire aimer !