Magdelaine

Marie Krysinska

Rythmes pittoresques — 1890

L’air est plus opprimant par ce soir d’orage Dans le creux de roche où Magdelaine pleure — Et des pierres émane une odeur de tristesse. Loin sont les jours Où sa victorieuse beauté Lui était Comme une couronne Et l’éclat astral de ses yeux Comme une gloire — Un deuil cruel et cher la possède pour jamais. — Loin sont les jours Où la radieuse éblouissance de son corps Se constellait d’orfèvreries — Et ses beaux bras se plaisaient aux anneaux Amoureux de leur contour. Son âme est blessée d’une sainte tendresse Et toute ployante sous le poids du charme — Ô torturant charme ! — De la Voix bonne Et de la bonne Parole Qui s’est tue dans la Mort, Mais qu’elle entend toujours. Et pour rendre ses pensers douloureux Plus navrés, Les souvenirs maudits clament Ainsi qu’un vent de rafale ; — Oh ! le rire de ces flûtes entendues Dans les nuits damnées ! Alors que couronnée de roses Et la gorge nue, — Ivre des arômes de sa fastueuse chevelure, — Elle se renversait aux bras enlaçants D’amants… Oh ! le rire de ces flûtes ! Que l’air est opprimant Dans le creux de roche Où maintenant elle pleure. Un deuil cruel et cher La possède pour jamais — Mais dans la lueur de ce soir d’orage Sa chevelure Est rose.