Fleur des prés

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

Je veux dire vos grâces enjouées et naïves, Campagnardes fleurettes : Soit que le matin endiamante vos collerettes, Ou que le soir vous pare de lueurs fugitives. Les riches sequins des boutons d’or Font de l’herbe verte un écrin joyeux ; Et les liserons sauvages sont de doux yeux, Où une petite âme sentimentale dort. Les marguerites, au cœur léger, Ont trempé — semble-t-il — leurs pétales Aux rayons de la voix lactée Et dans le clair-de-lune pâle. Le coquelicot, en jupes fripées — Comme par de galantes équipées — Recèle en son sein, noir et vermeil, Le don maléfique du sommeil. Les folles avoines — gais cheveux au vent — Caressent — lascives — les bleuets rêvants, Reflétés de ciel : immuable et changeant. Ombelles argentées — fraîche tombée de neige — Tout en petites étoiles, finement ouvragées ; Votre ombre délicate protège Les frêles menthes, aux senteurs exaltées. Véroniques mélancoliques, Trèfle — fleuron héraldique — Pâquerette, coquette, Au teint de rieuse fillette ; Petite sphynge des prairies Qu’interroge la main inquiète Du jeune amour qui pleure et rit. Et vous, délicates fleurs envolées — Papillons blancs, bleus et rosés, Parmi les sainfoins qu’une tendre brise fait onduler ! Vous êtes — gentille assemblée ! — Comme un gracieux bouquet posé Par le Soleil — amant resplendissant — Sur le sein de la vallée, Qui porte le trésor des blés mûrissants Dans son tablier.