Sur le mesme sujet

François de Malherbe

Œuvres poétiques — 1630

Donc, aprés un si long sejour, Fleurs de lys, voicy le retour De vos avantures prosperes ; Et vous allez estre à nos yeux Fresches comme aux yeux de nos peres, Lors que vous tombastes des cieux. À ce coup s’en vont les destins Entre les jeux et les festins Nous faire couler nos années, Et commencer une saison Où nulles funestes journées Ne verront jamais l’orizon. Ce n’est plus comme auparavant Que, si l’Aurore en se levant Davanture nous voyoit rire, On se pouvoit bien asseurer, Tant la Fortune avoit d’empire, Que le soir nous verrait pleurer. De toutes parts sont éclaircis Les nuages de nos soucis ; La seureté chasse les craintes, Et la Discorde, sans flambeau, Laisse mettre avecques nos plaintes Tous nos soupçons dans le tombeau. Ô qu’il nous eust cousté de morts, Ô que la France eust fait d’efforts Avant que d’avoir par les armes Tant de provinces qu’en un jour, Belle reine, avecques vos charmes, Vous nous acquerez par amour ! Qui pouvoit, sinon vos bontez, Faire à des peuples indomtez Laisser leurs haines obstinées Pour jurer solemnellement, En la main de deux hyménées, D’estre amis eternellement ? Fleur des beautez et des vertus, Aprés nos malheurs abbatus D’une si parfaite victoire, Quel marbre à la postérité Fera paroistre votre gloire Au lustre qu’elle a merité ? Non, non, malgré les envieux, La raison veut qu’entre les dieux Vostre image soit adorée, Et qu’aidant comme eux aux mortels, Lorsque vous serez implorée, Comme eux vous ayez des autels. Nos fastes sont pleins de lauriers De toute sorte de guerriers ; Mais, hors de toute flatterie, Furent-ils jamais embellis Des miracles que fait Marie Pour le salut des fleurs de lys ? toutes les sybilles À ce coup la France est guerie ; Peuples, fatalement sauvez, Payez les voeux que vous devez À la sagesse de Marie.