UNE FLEUR DU TYROL

Léocadie Hersent-Penquer

0 filles du Tyrol! ô pauvres voyageuses, Qui pleurez, dans l'exil, vos montagnes neigeuses, Et les bords de l'Adige, et les riants vallons Où l'écho, si souvent, a redit vos chansons ! Où votre humble cabane, ignorée, enfouie Sous les rhododendrons auxquels elle s'appuie, Est pleine de parfum, de suave senteur, Comme un vase où l'encens brûle et monte au Seigneur. 0 filles du Tyrol ! une de vos compagnes, La plus belle, entre vous, des fleurs de vos montagnes, Exilée à quinze ans, livrée aux indiscrets, Vient souvent, sous mon toit, me dire ses secrets. Je l'écoute en rêvant. Je la sais pure et bonne : Rien n'a souillé sa vie ou flétri sa couronne. Et pourtant elle fut sans asile et sans pain, Et nul autre, avant moi, ne lui tendit la main ! Comme une forme d'ange,. à la terre inconnue, Un jour, dans mon chemin elle m'est apparue : J'avais le cœur pensif et le regard distrait. Tout à coup, je ne sais quel invincible attrait A forcé mon regard à s'arrêter dans l'ombre : Une femme était là, sous un portique sombre. Son visage semblait au mur même incrusté Ainsi qu'un marbre blanc par Phidias sculpté. C'était elle !. et mon âme, avec force entraînée, Par l'admiration se sentit dominée ; Et j'ouvris aussitôt mes deux bras et mon cœur, 0 filles du Tyrol, à votre pauvre sœur ! J'aime à voir cette enfant, isolée et craintive, Trembler au moindre choc comme une sensitive. S'étonner d'être aimée et rougir à ma voix; S'étonner d'être belle ; en douter, quelquefois. Sa beauté, cependant, a ces divins mélanges Et ces rayonnements qui font penser aux anges, Que le regard évite et ne peut soutenir, Mais dont le cœur toujours conserve un souvenir : Son front pur, élevé, garde une vague empreinte r. De céleste innocence et d'espérance sainte. h On dirait qu'il est fait pour porter un bandeau, f Même un bandeau royal, tant il est noble et beau ! Ses cheveux, comprimés dans un réseau de laine, - Ainsi que ces rayons s'échappant avec peine Des nuages épais'au ciel amoncelés, - Tomberaient en flots d'or s'ils étaient déroulés. Ses yeux, dont la nuance est sombre, insaisissable, : Voilés par un instinct de pudeur ineffable, Jettent, par intervalle, un vif et pur éclair, Feu du ciel qui s'allume et se perd dans l'éther ! Ses pieds, ses mains, sa taille élégante et flexiblp" Ont ce cachet à part, cette grâce invincible, Que le peuple, envieux et jaloux quelquefois, - Retrouve, avec respect, dans la race des rois. Tout en elle est attrait, grâce pure, harmonie, Délicatesse exquise et candeur infinie ; Tout forme, dans l'ensemble, un ravissant tableau Où Greuze aurait puisé son rêve le plus beau. 0 fille du Tyrol ! blanche fleur, je t'envie ! J'aimerais ta misère et j'aimerais ta vie, Ton pays, ton exil, ta triste liberté, Si j'avais, comme toi, seize ans et la beauté !