Ballade X (Ha ! Dieu d’Amours, où m’avez vous logié)

Charles d’Orléans

Ballades

Ha ! Dieu d’Amours, où m’avez vous logié ! Tout droit ou trait de Désir et Plaisance, Où, de legier, je puis être blecié Par Doux Regart et Plaisant Atraiance, Jusqu’à la mort, dont trop suis en doubtance ; Pour moi couvrir prestez moi ung pavaiz, Desarmé suis, car pieçà mon harnaiz Je le vendy, par le conseil d’Oiseuse, Comme lassé de la guerre amoureuse. Vous savez bien que me suis esloingné, Dès long temps a, d’amoureuse vaillance, Où j’estoye moult fort embesoingné, Quant m’aviez en votre gouvernance. Or en suis hors. Dieu me doint la puissance De me garder que n’y rentre jamais ; Car, quant congneu j’ai les amoureux faits, Retrait me suis de vie si peneuse. Comme lassé de la guerre amoureuse. Et non pourtant, j’ai été advisé Que Bel Acueil a fait grant aliance Encontre moi, et qu’il est embuschié Pour me prendre, s’il peut, par decevance. Ung de ses gens, appelle Acointance, M’assault toujours ; mais souvent je me taiz, Monstrant semblant que je ne quiers que paiz, Sans me bouter en paine dangereuse. Comme lassé de la guerre amoureuse. Voisent faire jeunes gens leurs essaiz, Car reposer je me vueil desormaiz ; Plus cure n’ai de pensée soingneuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.