Pour le désir que j’ai de vous veoir

Christine de Pizan

Cent Ballades

Mon doulz ami, veuillez moi pardonner, Se je ne puis, si tôt com je vouldroye, Parler a vous, car ainçois ordener Me fault comment sera, ne par quel voie. Car mesdisans me vont gaitant Qui du meschief et du mal me font tant, Que je ne puis joie ne bien avoir, Pour le désir que j’ai de vous veoir. Si prie a Dieu qu’il leur veuille donner La mort briefment ; car leur vie m’anoye, Pour ce qu’en deuil me font mes jours finer Sans vous veoir, ou est toute ma joie : Car ilz se vont entremettant De moi gaitier nuit et jour, mais pourtant Ne vous oubli, ce pouez vous savoir, Pour le désir que j’ai de vous veoir. Mais ne sçaront ja eux si fort pener, Que, maugré tous, bien briefment ne vous voie. Car tant ferai, se g’y puis assener, Que vous verray, quoi qu’avenir m’en doye, Et vous ferai savoir quant. Mon doulz ami, deportez vous atant. Car g’y mettrai peine, sachiez de voir, Pour le désir que j’ai de vous veoir.