C’était affreux

Francis Jammes

De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir — 1898

C’était affreux ce pauvre petit veau qu’on traînait tout à l’heure à l’abattoir et qui résistait, et qui essayait de lécher la pluie sur les murs gris de la petite ville triste. Ô mon Dieu ! Il avait l’air si doux et si bon, lui qui était l’ami des chemins en houx. Ô mon Dieu ! Vous qui êtes si bon, dites qu’il y aura pour nous tous un pardon — et qu’un jour, dans le Ciel en or, il n’y aura plus de jolis petits veaux qu’on tuera, et, qu’au contraire, devenus meilleurs, sur leurs petites cornes nous mettrons des fleurs. Ô mon Dieu ! Faites que ce petit veau ne souffre pas trop en sentant entrer le couteau…