L’Hiver est là

Amélie Gex

Poésies — 1879

L’hiver est là ! — Pauvres roses saisies Par l’aquilon, Plus ne verrez, sur vos feuilles transies, Le papillon ; Plus n’entendrez, bourdonnant sur la treille, De grand matin, Le frelon noir, partageant de l’abeille Le doux festin. Hier le ramier, dans l’air, criait : Holà ! Partons linots, l’hiver est là ! L’hiver est là !… — Plus d’amour, ni de fêtes Aux bois jaunis ; Seuls, les sapins courbent leurs sombres têtes Sur les vieux nids. Le givre a mis sa fragile dentelle Sur les buissons ; Vous ne pourrez vous abriter sous elle, Pauvres pinsons !… Hier le ramier, dans l’air, criait : Holà ! Partons linots, l’hiver est là !… L’hiver est là !… — Que de têtes penchées Sous les frimas, Âmes et fleurs, dans un jour, sont fauchées Par le trépas !… Fronts de vingt ans vont dormir sous les tombes Leur long sommeil ! — Ne souris plus au nid froid des colombes, Joyeux soleil ! Hier le ramier, dans l’air, criait : Holà ! Partons linots, l’hiver est là ! L’hiver est là ! — Bienheureuses les ailes Qui peuvent fuir ! L’hiver est là ! — Quand les plumes sont frêles, Mieux vaut mourir ! Mieux vaut mourir quand se taisent les brises, Lorsque les vents Font, en nos bois, pleurer les branches grises Des pins mouvants… Hier le ramier, dans l’air criait : Holà ! Partons linots, l’hiver est là !