Le Saxe de famille

Émile Nelligan

Émile Nelligan et son œuvre — 1903

Donc, ta voix de bronze est éteinte : Te voilà muet à jamais ! L’heure plus ne vibre ou ne tinte Dans la grand’salle que j’aimais, Où je venais, après l’étude, Fumer le soir, rythmant des vers, Où l’abri du monde pervers Éternisant ma solitude. Sur le buffet aux tons noircis De chêne très ancien, ton ombre Lamente-t-elle, Saxe sombre, Toute une époque de soucis ? Serait-ce qu’un chagrin qui tue T’a harcelé comme un remords, Ô grande horloge qui t’es tue Depuis que les parents sont morts ?