La Promenade

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Je te donne cette heure ; elle est à toi. Va-t’en. Vis-la silencieuse et vis-la solitaire, Et, pour un jour entier, sois à toi tout entière Sans plus t’inquiéter de l’ombre où je t’attends. Sois libre. Mon pas lourd, hélas ! a trop souvent Retardé ta jeunesse où tu marches légère Dans le double sourire et la double lumière de ce matin joyeux et de ton clair printemps. Ce dur arbre tordu qui ressemble à ma vie Abritera mon doute et ma mélancolie ; C’est là que j’attendrai venir le soir, heureux Si le vent, pitoyable à mon songe morose, Des fleurs que tu cueillis, hélas ! loin de mes yeux, M’apporte le parfum et te laisse la rose.