Un Fou et un Sage

Jean de La Fontaine

Fables — 1694

Certain Fou poursuivoit à coups de pierre un Sage. Le Sage se retourne, et lui dit : Mon ami, C’est fort bien fait à toi ; reçois cet écu-ci : Tu fatigues assez pour gagner davantage. Toute peine, dit-on, est digne de loïer. Voi cet homme qui passe ; il a dequoi païer : Adresse-lui tes dons, ils auront leur salaire. Amorcé par le gain nôtre Fou s’en va faire Même insulte à l’autre Bourgeois. On ne le païa pas en argent cette fois. Maint Estafier accourt : on vous happe nôtre homme, On vous l’échine, on vous l’assomme. Auprés des Rois il est de pareils Fous. À vos dépens ils font rire le Maître. Pour reprimer leur babil, irez-vous Les maltraiter ? Vous n’etes pas peut-être Assez puissant. Il faut les engager À s’adresser à qui peut se vanger.