Petit nombril, que mon penser adore

Pierre de Ronsard

Le premier livre des Amours — 1552

Petit nombril, que mon penser adore, Et non mon oeil qui n'eut onques le bien De te voir nu, et qui mérites bien Que quelque ville on te bâtisse encore ; Signe amoureux, duquel Amour s'honore, Représentant l'Androgyne lien, Combien et toi, mon mignon, et combien Tes flancs jumeaux folâtrement j'honore ! Ni ce beau chef, ni ces yeux, ni ce front, Ni ce doux ris ; ni cette main qui fond Mon coeur en source, et de pleurs me fait riche, Ne me sauraient de leur beau contenter, Sans espérer quelquefois de tâter Ton paradis, où mon plaisir se niche.