Te voilà, mon petit amant

Cécile Sauvage

Tandis que la terre tourne — 1910

Te voilà, mon petit amant, Sur le grand lit de ta maman. Tu gambades, tu te trémousses, Tu jettes des ruades douces ; Tu pétris mon cou dans ta main, Tu baves ton lait du matin, Jeune allégresse de la terre. Tu me trouves belle et légère, Tu m’aimes, nous nous caressons, Nous avons les mêmes façons De rire aux poudres de lumière Qui dansent dans la chambre claire. Je peux t’embrasser, te tenir, Soupeser ton bel avenir. Bonjour, ma petite statue De sang, de joie et de chair nue. Mon petit double, mon émoi, Je me touche en pressant tes doigts. Laisse que j’effleure ta joue, Je bois les bulles de ta moue, Je te palpe avec mes baisers. Ne bouge plus. Viens reposer Sur moi ta fatigue endormie ; Sois comme ma main engourdie Qui me paraît, restant à moi, La main d’un autre. Je suis toi.