Madrigal lyrique

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Vous êtes grande de tout un corps charmant Dont l’ombre est à vos pieds, parmi les roses Qu’effeuillent vos mains en rêvant ; La douce fleur, pétale à pétale, se pose En papillons légers et lents ; La tige, peu à peu, s’envole de sa rose, Et la flûte à l’écho s’accorde dans le vent. Vous êtes belle de tout un visage qui sourit, De vos yeux clairs qui vous font douce À votre bouche Où le sourire en sa grâce s’endolorit Comme l’espoir Qui, lèvre à lèvre, joint et touche Les lèvres de la tristesse qui lui sourit En son miroir… La flûte avec le vent s’est tue au fond du soir. Vous êtes belle de toute votre vie et de vos jours Qui, un à un, vers vous s’en viennent Menant l’Amour Nu dans sa robe d’or et de laine Avec sa gourde et son diadème ; À vos roses il mêlera ses épis lourds Et, pas à pas, la main dans la sienne, Vous irez vers l’aurore et, dans la nuit sereine Où s’est brisée avec le vent ma flûte vaine, Vous entendrez, Une à une, sous les roses et les cyprès, Chanter dans l’ombre les fontaines.