Car vous tout seul me tenez en liesse

Christine de Pizan

Cent Ballades

Ma douce amour, ma plaisance cherie, Mon doulz ami, quanque je puis amer, Votre douceur m’a de tous maux garie, Et vrayement je vous puis bien clamer Fontaine dont tout bien vient, Et qui en paix et joie me soustient, Et dont plaisirs me vienent a largece ; Car vous tout seul me tenez en liesse. Et la doulour qui en mon cuer norrie S’est longuement, qui tant m’a fait d’amer, Le bien de vous a de tous poins tarie ; Or ne me puis complaindre ne blâmer De Fortune qui devient Bonne pour moi, se en ce point se tient. Mis m’en avez en la voie et adresse ; Car vous tout seul me tenez en liesse. Si lo Amours qui, par sa seigneurie, A tel plaisir m’a voulu reclamer ; Car dire puis de vrai sans flaterie, Qu’il n’a meilleur de la ne de ça mer De vous, m’amour, ainsi le tient Mon cuer pour vrai, qui tout a vous se tient, N’a autre rien sa pensée ne drece ; Car vous tout seul me tenez en liesse.