Au fond des Bois

Amélie Gex

Poésies — 1879

J’écoute le bruit qui tombe Avec le jour dans les bois. Quand le soleil va cachant, Sous la pourpre du couchant, Sa pompe ; Le lac, limpide miroir, Des brunes ombres du soir S’estompe. Comme au feu reluit l’acier, Le front pâle du glacier S’irise De quelques rayons encor Que le beau nuage d’or Tamise. Voilà l’heure où bien souvent, Comme un amoureux fervent Qui rêve, Je vais écouter les voix Qui chantent au fond des bois Sans trêve !… Je vais comptant les soupirs Qu’adressent les blonds zéphirs Aux nues, Et j’entends rire l’ondin, Quand les nymphes vont au bain Trop nues… Des romances des grillons, Bruyants ténors des sillons, J’écoute Les refrains fastidieux, Que l’écho capricieux Redoute. De tout murmure imprudent Je me fais le confident : J’accueille, En ami sûr et discret, Ce que dit au vent distrait La feuille… Je sais le chant du roseau Quand l’arbre dit à l’oiseau : — Je t’aime ! — Et je traduis des buissons Tous les amoureux frissons, De même. Chacun me traite en ami : La fauvette et la fourmi, Sans crainte, Me font part de leurs chagrins, Et je reçois des tarins La plainte… Car, hélas ! j’ai tant souffert, Que mon cœur, à livre ouvert, Sait lire Ce mot que dans la douleur Homme, oiseau, zéphir ou fleur Soupire !…