Réveil. Paysage

Amélie Gex

Poésies — 1879

Le matin rit sous la tonnelle Où les linots ont fait leurs nids, Et dans les bois encore brunis Zéphir chante une villanelle ; Compagnon doux et familier De l’écolier, Sur l’aubépine en sentinelle, Le merle entonne, ex-professo, D’un allegro La ritournelle. Hibou, chouette Sont tous reclus ; Chez l’alouette On ne dort plus. La poule glousse Dans le courtil, Tout se trémousse : L’herbe et la mousse Causent d’avril. Voix forte ou frêle, Rire et bruit d’aile, Tout entremêle Son gai babil !… Dans le val, sous leur robe grise, Tremblent les frêles peupliers ; On voit courir les chevriers Parmi les buissons de cytise… Quittant sa toque de brouillard, D’un air gaillard, Soleil frappe au volet de Lise ; La belle, en simple cotillon, Ouvre au rayon Qui la courtise. Filant plus vite Que le boulet, Le lièvre quitte Le serpolet ; La peur talonne Le fugitif, Qu’on lui pardonne Le cor entonne, Sous le massif, Galop de chasse, Sombre menace Qui serre et glace Son cœur craintif. On entend gronder la fermière Qui déjà rôde en sa maison ; Le troupeau, sautant la cloison, Va faire école buissonnière… Le berger, suivi de son chien, Vaillant soutien, Court après la gent moutonnière Qui, narguant le fouet et la dent, S’en va tondant La luzernière. Voix nonchalante Monte du lac ; Le passeur chante Guidant son bac ; Canards sauvages, À leur réveil, Dans les herbages, Le long des plages, Tiennent conseil ; Souple et changeante, La vague lente Semble, indolente, Rire au soleil !…