Pour le chat

Lucie Delarue-Mardrus

Horizons — 1904

Chat, monarque furtif, mystérieux et sage, Sont-ils dignes, nos doigts encombrés d’anneaux lourds, De votre majesté blanche et noire au visage De pierrerie et de velours ? Votre grâce s’enroule ainsi qu’une chenille ; Vous êtes, au toucher, plus brûlant qu’un oiseau, Et, seule nudité, votre petit museau Est une fleur fraîche qui brille. Vous avez, quoique rubanné comme un sachet, De la férocité plein vos oreilles noires, Quand vous daignez crisper vos pattes péremptoires Sur quelque inattendu hochet. En votre petitesse apaisée ou qui gronde Râle la royauté des grands tigres sereins ; Comme un sombre trésor vous cachez dans vos reins Toute la volupté du monde… Mais, pour ce soir, nos soins vous importent si peu Que rien en votre pose immobile n’abdique : Dans vos larges yeux d’or cligne un regard bouddhique Et vous vous souvenez que vous êtes un Dieu.