Le toutou et le gui

Guillaume Apollinaire

Poèmes à Lou — 1955

Un gentil toutou vit un jour un brin de gui Tombé d’un chêne Il allait lever la patte dessus sans gêne Quand sa maîtresse qui L’observe l’en empêche et d’un air alangui Ramasse le gui Gui jappe le toutou pour toi c’est une veine Qu’est-ce qui donc te la valut Vous êtes cher toutou fidèle et résolu Et c’est pourquoi votre maîtresse Vous aime avec tendresse Lui répond La plante des Druides Pour la tendresse à vous le pompon Mais moi je suis l’amour à grandes guides Je suis le bonheur La plus rare des fleurs ô toutou mon meilleur Compagnon puisque plante je n’ai pas de fleur Vous êtes l’idéal et je porte bonheur Et leur Maîtresse Étendue avec paresse Effeuillant indifféremment de belles fleurs Aux mille couleurs Aux suaves odeurs Feint de ne pas entendre Le toutou jaser avec le gui Leurs Propos la font sourire et nos rêveurs Imaginent de comparer leurs deux bonheurs Cependant qu’Elle les regarde d’un air tendre Puis se levant soudain auprès d’eux vient s’étendre Le toutou pour sa part eut bien plus (à tout prendre) De baisers que le gui Qui tout alangui Entre deux jolis seins ne peut rien entreprendre Mais se contente bien ma foi De son trône digne d’un roi Il jouit des baisers les voyant prendre Et les voyant rendre Sans rien prétendre. Morale Il ne faut pas chercher à comprendre.