Ballade LII

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Me mocqués vous, Joyeux Espoir, Par parolles trop me menez, Pensez vous de me decevoir ! Chacun jour vous me promettés Que briefment véoir me ferez Ma Dame, la gente Princesse, Qui a mon cueur entièrement ; Pour Dieu, tenés votre promesse, Car trop ennuie qui attent. Il a long temps, pour dire voir, Que tout mon estat congnoissés. N’ai je fait mon loyal devoir D’endurer, comme bien savés ? Oüil, ce crois je, plus qu’assés. Temps est que me donnez Liesse, Desservie l’ai loyaument, Pardonnez moi se je vous presse, Car trop ennuie qui attent. Ne me mettez à nonchaloir, Honte se a se me failliés, Vu qui me fie main et soir En tout ce que faire vouldrés. Se mieulx faire ne me povez, Au moins monstrez moi ma maîtresse Une fois, pour aucunement Allegier le mal qui me blesse, Car trop ennuie qui attent. Espoir, toujours vous m’asseurés Que bien mon fait ordonnerés, Bel me parlés, je le confesse. Mais, tant y mettez longuement Que je languis en grant destresse, Car trop ennuie qui attent.