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Émilie Arnal

La Maison de granit — 1910

Je ne désire rien au monde Puisque je n’ai pas ton amour ; Mon indifférence profonde Monte et grandit de jour en jour. À quoi servirait d’être belle Si tu ne dois pas le savoir ? D’être ardente, pure, fidèle, Si t’aimer n’est pas mon devoir ? Et que m’importe la jeunesse Si la mienne n’est pas à toi ! Quel est le prix de ma tendresse Si tu ne reçois rien de moi ? Et que ferai-je de ma vie Si je ne peux te la donner ? Pourtant ne crois pas que j’envie La mort… Ce mot fait frissonner. Pourquoi souhaiter d’être morte Si je n’entends jamais ton pas Sur le seuil de l’étroite porte Où tu ne me rejoindras pas ? Dans l’univers immense et vide, Ma pauvre âme errerait en vain : Le seul bien dont elle est avide, C’est toi qui le tiens dans ta main.