Ta vie eut des splendeurs

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Ta vie eut des splendeurs de victoire et de joute Vibrant encor en leur éclat perpétué, Comme un frivole écho de ton nom salué, Dans le silence de la chambre où je t’écoute Des lèvres redisant en mots d’ombre et de doute L’inanité de ton effort évertué Et le grief d’un rêve en vain infatué De l’unique idéal où tu te vouas toute ; Car ton passé est triomphal de gloire encor Qu’il n’ait su conquérir l’Escarboucle qui dort Aux soins du Dragon bleu qui garde qu’on la voie, Et suit de ses yeux clairs d’un éternel éveil Celle qui sur un luth aux sept cordes de soie Lui joue un chant propice à l’induire au sommeil.