viii . L’aulne visqueux

Francis Jammes

Poèmes mesurés — 1908

L’aulne visqueux suit les bords courbes des ruisseaux. Il fait un corridor d’ombre au-dessus des eaux dont le bleu laisse voir des racines poilues, des rats brillants, des anguilles et des tortues. Ma ligne est une corde où pend un flot de vers. Le soleil reflété par l’eau ressemble au fer chauffé à blanc, et mon regard qu’il éblouit se détourne pour se replonger dans la nuit des aulnes traversée parfois par la lueur de l’éclair qu’après lui laisse un martin-pêcheur.