Ballade XVI (Escollier de Merencolie)
Charles d’Orléans
Ballades
Escollier de Merencolie,
À l’estude je suis venu,
Lettres de mon lame clergie
Espelant atout ung festu,
Et moult tort m’y treuve esperdu.
Lire n’écrire ne sais mye,
Des verges de Soussy battu,
Es derreniers jours de ma vie.
Pieçà, en jeunesse fleurie,
Quant de vif entendement fu,
J’eusse appris en heure et demye
Plus qu’à présent ; tant ai vesqu
Que d’engin je me sens vaincu ;
On me deust bien, sans flaterie,
Chastier despoillié tout nu,
Es derreniers jours de ma vie.
Que voulez vous que je vous die ?
Je suis pour ung asnyer tenu,
Banny de Bonne Compaignie,
Et de Nonchaloir rerenu
Pour le servir. Il est conclu,
Qui voudra, pour moi estudie,
Trop tart je m’y suis entendu,
Ès derreniers jours de ma vie.
Se j’ai mon temps mal despendu,
Fait l’ai, par conseil de Folye ;
Je m’en sens et m’en suis sentu.
Ès derreniers jours de ma vie.