Ballade XIII (Pour tant se souvent ne vous vois)
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Pour tant se souvent ne vous vois,
Pensez vous plus que votre soye ?
Par le serment que je vous dois,
Si suis autant que je souloye ;
N’il n’est ne plaisance, ne joie,
N’autre bien qu’on me puist donner,
Je le vous prometz loyaument,
Qui me puist ce vouloir ôter
Fors que la mort tant seulement.
Vous savés que je vous feis foi
Pieçà de tout ce que j’avoye,
Et vous laissay, en lieu de moi,
Le gage que plus chier j’amoye ;
C’était mon cucur que j’ordonnoye
Pour avecques vous demourer,
À qui je suis entièrement.
Nul ne m’en pourrait destourber
Fors que la mort tant seulement.
Combien certes que je rcçoy
Tel mal que, se le vous disoye,
Vous auriez, comme je crois,
Pitié du mal qui me guerroye.
Car de tout deuil suis en la voie,
Vous le povez assez penser,
Et ai été si longuement,
Que je ne dois riens désirer
Fors que la mort tant seulement.
Belle, que tant véoir vouldroye,
Je prie à Dieu que brief vous voie ;
Ou s’il ne le veut accorder,
Je lui supply treshumblement
Que riens ne me veuille donner
Fors que la mort tant seulement.