Quand vient l’hiver

Alice de Chambrier

Au delà — 1883

Sur sa tige la fleur se penche, L’herbe jaunit dans le sillon, La feuille tombe de la branche, Le soleil baisse à l’horizon ; Les bois ont perdu leur mystère, Les flots du lac leur bleu miroir, Et le sourire de la terre A disparu dans le ciel noir. Laissant à quelque rameau frêle Son pauvre nid vide et glacé, L’oiseau s’enfuit à tire d’aile Dans un vol hâtif et pressé. Il sait qu’une terre fleurie, Où luit toujours un rayon d’or, Nouvelle et seconde patrie, L’attend loin des brouillards du nord. C’est pourquoi, dans un cri de joie, Lorsqu’il voit pâlir le soleil, Son aile au vent froid se déploie Et l’emporte au pays vermeil. Notre âme est cet oiseau volage Que pourchasse l’hiver cruel ; Mais notre hiver, à nous, c’est l’âge, Et notre patrie est le ciel. Et quand les glaces de la vie Couvriront notre front chenu, Lorsque, sur la route suivie, Le temps mauvais sera venu, Comme l’oiseau, pleins d’allégresse, Sûrs de notre immortalité, Sachons, sans regrets, sans tristesse. Nous enfuir dans l’éternité !