Tu me dirais que l’on entend

Rosemonde Gérard

Les Pipeaux — 1889

Tu me dirais que l’on entend le souffle Qu’au sein des fleurs exhale un papillon, Et que l’on a retrouvé la pantoufle Qu’en s’enfuyant laissa choir Cendrillon ; Tu me dirais que ces vers sont en prose, Et qu’une femme a gardé des secrets, Que le lys parle et que l’azur est rose, Vois ma folie, ami, je te croirais. Tu me dirais que l’astre qui scintille Au ver luisant doit son éclat joyeux, Et que la nuit accroche à sa mantille Comme un bijou le soleil radieux ; Tu me dirais qu’il n’est plus une fraise Dans les recoins tout moussus des forêts, Et qu’une plume de bengali pèse Plus qu’un chagrin au cœur, — je te croirais. En t’écoutant, tous mes doutes d’eux-mêmes Tombent soudain, vaincus… Tu me dirais Que le bonheur existe et que tu m’aimes, Vois ma folie, ami, je te croirais !