Ballade VII (N’a pas longtemps qu’escoutoye parler)
Charles d’Orléans
Ballades
N’a pas longtemps qu’escoutoye parler
Ung amoureux, qui disait à s’amye :
« De mon estat plaise vous ordonner,
Sans me laissier ainsi finer ma vie ;
Je meurs pour vous, je le vous certiffie. »
Lors respondit, la plaisante aux doux yeulx :
« Assez le crois, dont je vous remercie.
Que m’aymez bien, et vous encore mieulx.
Il ne fault jà votre pousse taster ;
Fièvre n’avez que de merencolie,
Votre orine ne aussi regarder ;
Tôt se garist legiere maladie,
Medicine devez prendre d’Oublye ;
D’autres ai vu trop pis, en plusieurs lieux,
Que vous n’êtes, et, pource, je vous prie
Que m’aymez bien, et vous encore mieulx.
Je ne vueil pas de ce vous destourber
Que ne m’amiez de votre courtoysie ;
Mais que pour moi doyez mort endurer,
De le croire ce me serait folye ;
Pensez de vous, et faites chère lye ;
J’en ai ouï parler assez de tieulx
Qui sont tous sains, quoyque point ne desnye
Que m’armez bien, et vous encore mieulx.
Tels beaulx parlers ne sont en compaignie
Qu’esbatemens, entre jeunes et vieulx ;
Contente suis, combien que je m’en rye,
Que m’aymez bien, et vous encore mieulx. »