Car de Junon n’ai je nul réconfort

Christine de Pizan

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Se de Pallas me peüsse accointier Joie et tout bien ne me fauldroit jamais ; Car par elle je seroie ou sentier De réconfort, et de porter le fais Que Fortune a pour moi trop charger fais ; Mais faible suis pour soutenir Si grant faissel, s’elle ne vient tenir De l’autre part, par son puissant effort Pour moi aidier, Dieu m’i doint avenir, Car de Junon n’ai je nul réconfort. Pallas, Junon, Venus vouldrent plaidier Devant Paris jadis de leurs tors fais, Dont chacune disait qu’a son cuidier Plus belle était, et plus était parfaits Ses grands pouoirs que de l’autre en tous fais ; Sus Paris s’en vouldrent tenir, Qui lors jugia que l’en devait tenir A plus belle Venus et a plus fort, Si dit : « Dame, vous vueil je détenir, Car de Junon n’ai je nul réconfort. » Pour la pomme d’or lui vint puis aidier Vers Heleine Venus, mors et deffais En fu après ; si n’ai d’elle métier, Mais de joie serait mon cuer reffais, Se la vaillant Pallas, par qui meffais Sont delaissié et retenir Fait tous les biens, me daignoit retenir Pour sa serve : plus ne devroie au fort Ja désirer pour a grant bien venir, Car de Junon n’ai je nul réconfort. Ces trois poissans déesses maintenir Font le monde, non obstant leur descort ; Mais de Pallas me doint Dieux sovenir, Car de Junon n’ai je nul réconfort.