Juillet

Émile Verhaeren

Almanach — 1895

L’âpre uniformité de l’azur nu brûle les champs et leurs arpents d’identité et leurs chemins d’opiniâtreté rectiligne, vers l’inconnu. Craie et poussière se retroussent en tempêtes vers les lisières et s’emportent sur les routes, là-bas ; les villages ! leurs toits et leurs maisons sont las, l’ombre chaude s’assied au seuil des portes ; un vent de braise et de fournaise pèle les murs et fendille les glaises et les digues dont les escortes accompagnent des eaux qui semblent mortes. L’été, il est venu, malade et malfaisant, avec du plomb dans son sang blanc, avec ses durs midis de pierre ; l’été ! et ses lumières carnassières et ses silences fermentants. — Vous, les jardiniers de la mort et des tombes torrides, voici des fleurs qui ont des rides et qui penchent, ainsi que des remords, leurs ors et leurs faisceaux arides. — Vous, les charpentiers de la mort, voici les géantes cuirasses des grands hêtres dont l’écorce se casse dans les forêts comme engourdies où se couvent les maladies. — Vous, les embaumeurs de la mort, voici la stérile agonie des verdures trop tôt finies ; voici les blés fripés, voici les orges irascibles et les rameaux crispés des vieux vergers sous des brûlures invisibles. Depuis des jours, depuis des temps, minutieux et persistant, le soleil perce à coups d’aiguilles la vie éparse en volontés tranquilles ; le soleil mord, le soleil vrille le sol brûlant et haletant et ploie et broie en sa torture l’espoir en or de la moisson future. La terre entière, elle est paralysée. — Dites à quand les émeutes, les rages et l’entre-choquement des blocs d’orage et les pâles éclairs dans la nue ardoisée ? En attendant, unique au loin un carreau luit du fond d’un coin et sa lueur, comme un grand jet de haine, de part en part traverse au cœur la plaine.