L’aurore fixe

Paul Éluard

Une leçon de morale — 1949

Au mal : La femme avait son jour son heure son moment J’en étais l’instrument J’ai dit ce qu’elle avait à dire Et rien de plus La femme avait couleur chaleur et pauvreté Faim soif sommeil la chair au versant de la vie Il n’y a pas de défi pour la femme Elle s’étend sur la paille des astres Elle périt dans la cendre des fleurs Clairière et barricade amour et haine Son enfance renaît dans la masse des fruits Sans image ô surtout sans image et sans cœur Comme un miroir qui n’est jamais l’ami de l’homme. Au bien : L’homme impur c’est voilé qui regarde la femme Il ne voit plus dans l’air sa propre architecture Il chante par un œil il délire par l’autre Il perd vite ses mains dans le tournoi de chair Phosphorescent mais dilué son front est vague Ce qu’il pensait tout droit se brise et s’alanguit L’écume féminine a dessiné ses plages Il frise de partout il lâche ses oiseaux. Qui regarde vraiment la femme est sans empreintes Son ombre est sur la terre comme un cœur sans corps Très doux très fort hors de la mort son cœur s’aère.