Votre douceur me mène dure guerre

Christine de Pizan

Autres balades

Ha ! le plus doulz qui jamais soit formé ! Le plus plaisant qu’oncques nulle acointast ! Le plus parfait pour être bon clamé ! Le mieulz aimé qu’oncques mais femme amast ! De mon vrai cuer le savoreux repast ! Tout quanque j’aime, mon savoreux désir ! Mon seul aimé, mon paradis en terre Et de mes yeulz le trés parfait plaisir ! Votre douceur me mène dure guerre. Votre douceur voirement entammé A le mien cuer, qui Jamais ne pensast Être en ce point, mais si l’a enflammé Ardent désir qu’en vie ne durast Se doulz penser ne le reconfortast ; Mais souvenir vient avec lui gésir, Lors en pensant vous embrace et vous serre, Mais quant ne puis le doulz baiser saisir Votre douceur me mène dure guerre. Mon doulz ami de tout mon cuer aimé, Il n’est penser qui de mon cuer gitast Le doulz regard que vos yeulz enfermé Ont dedans lui ; riens n’est qui Fen ostast, Ne le parler et le gracieux tast Des doulces mains qui, sans lait desplaisir, Vueillent partout encerchier et enquerre, Mais quant ne puis de mes yeulz vous choisir Votre douceur me mène dure guerre. Trés bel et bon, qui mon cuer vient saisir, Ne m’oubliez, ce vous vueil Je requerre ; Car, quant veoir ne vous puis a loisir, Votre douceur me mène dure guerre.