Épigramme

Henri de Régnier

Les Jeux rustiques et divins — 1897

Hérons sur le marais et cygnes sur le fleuve, Que le printemps fleurisse ou que l’automne pleuve, Mes flèches ont percé les Heures, une à une, Et le Temps a laissé tomber toutes ses plumes Dans l’eau de ma tristesse ou l’onde de ma joie ; Et si l’aile se ferme, et si l’aile s’éploie, C’est l’heure qui s’achève enfin ou s’inaugure, Et, tour à tour, contre le port ou l’envergure, Les mêmes flèches d’or partent de l’arc qui vibre, Et, triste archer, en pleurs de son exploit stupide, Je ramasse, sur l’eau où mon espoir se penche, Avec la plume noire, hélas ! la plume blanche !