Quant à l’obscurité que tu dis éternelle

Victor Hugo

Toute la lyre

Quant à l’obscurité que tu dis éternelle, Qu’en sais-tu ? l’univers tient-il dans ta prunelle ? L’ombre est la forme énorme et triste de l’ennui ; Mais qu’y vois-tu ? Sais-tu ce que c’est qu’Aujourd’hui ? As-tu bien une idée exacte de la phase Où tu passes, tremblant d’épouvante ou d’extase ? Qui te dit que le monde, étant un noir vivant, N’a pas comme toi-même, homme jouet du vent, Son moment de sommeil où la brume le couvre, Après quoi son œil sombre et vertigineux s’ouvre ! Cet instant fugitif où le sort a jeté Les vagues siècles noirs de ton humanité, Peut-être est-ce la nuit du monde ? Sais-tu l’heure ? Sais-tu si tu n’es pas un être vain qui pleure Et se déforme, et n’est, en attendant la mort, Qu’un rêve sur le front de l’infini qui dort ?