L’homme étreint dans ses bras l’obstacle, comme Hercule

Victor Hugo

Toute la lyre

L’homme étreint dans ses bras, l’obstacle, comme Hercule. La peste disparaît et la brute recule ; Le serpent fuit ; le loup s’en va ; l’arbre épineux, Rentre sa griffe et tord moins méchamment ses nœuds. La vie a cessé d’être une sombre aventure. L’homme, autrefois mordu par la fauve nature, Met une muselière à la création. La mer cède, la terre obéit ; l’alcyon Chante un hymne d’espoir à sa sœur la colombe. L’étang n’exhale plus le soufflé de la tombe. La forêt, qui frissonne à la bouche de Pan, S’emplit de fleurs ; le lac rit dans les monts ; le paon Traîne la gerbe d’yeux qui frémit sur sa queue. Éden vague et lointain montre sa porte bleue. Adam n’est plus sinistre et glacé de sueur. Dans l’ombre par degrés se lève une lueur ; La pensée, aube pure, à travers la matière Luit et s’épanouit dans la nature entière ; Et dans l’âpre univers, jadis horrible et noir, Qui se mouvait, pareil aux visions du soir, Et que semblait emplir une hydre aux yeux de flamme, L’homme sent chaque jour moins de monstre et plus d’âme.